Comme toujours, c'est exclusivement par hasard que l'on découvre un photographe qui retient notre œil. Dans le numéro poil de chameau du Tigre (comprendra qui saura, non ça ne fait pas partie de mes jeux de mots), page 18 je vois...
Des paysages... non des... c'est vrai, au fond, qu'est-ce ? Des manèges pourrait-on dire ? Non, des enseignes
sur pneus. Ou plus simplement des « attractions routières ». Enfin vous savez, ce genre de panneaux rigolos, en bord de route, sensés attirer l'attention de l'automobiliste et de toute sa petite famille
en vacances d'été. Ils se déclinent sous plusieurs formes : énorme requin bleu en plastique monté sur roues, enseignes « AVENTURE LAND » en lettres capitales jaunes directement
plantées dans le sol à la « HOLLYWOOD » etc...
Mais ce qui m'interpelle le plus, c'est le contraste qui s'installe entre ces enseignes kitsch à souhait et cet environnement abandonné. Quoi de mieux que le ciel gris d'un temps pluvieux pour mettre son modèle le moins possible à son avantage ? Du car wash, sur lequel sont dressés de magnifiques spécimens de palmiers métalliques colorés, jusqu'à la Vénus de Milo qui niche au fin fond d'une zone industrielle, Eric Tabuchi a su capter le potentiel de ces « attractions » qui investissent cet espace routier. Si je suis amené à parler « d'attractions » c'est peut-être tout simplement parce que ces espèces de curiosités sont installées dans des paysages reculés, désertés. Elles émergent alors soudainement du bord des routes les plus ennuyeuses compte tenu de l'abandon total de ces espaces. Elles indiquent en plus, pour la plupart, l'approche d'un parc d'attraction...
En visitant le site d'Eric Tabuchi, c'est d'ailleurs ce qui nous saute aux yeux, la pénurie de toute forme humaine. Zones industrielles fantômes. Les seules formes de vie sont alors celles qui se dégagent de ces enseignes multicolores. Tel un dimanche après midi de sortie familiale, pas une boulangerie, pas une animation, pas un chat, pas un rat...
Gros bisous
Je t'aime