

Tirage sur papier.
(Février 2009)
52,5 x 42 cm
Le paradoxe du faire-part face au sens même du terme "enveloppe" m’a semblé intéressant à exploiter. "Enveloppe"
implique les notions de recouvrement, de protection de dissimulation ou encore de confidentiel, alors que le faire-part annonce avant même d’être ouvert (naissance, mariage, décès). De plus, les
anciens faire-part, comme ceux de Joséphine, sont conçus comme des enveloppes qui se "développent". Une seule feuille, à la base, qui se plie de façon complexe, de manière à former une enveloppe
au recto, et la "lettre" au verso. D’ailleurs ce système de déploiement n’est pas sans rappeler les polyptyques de Grünewald (Crucifixion) et d’Otto Dix (La Guerre).
J’ai toujours été intrigué par ces faire-part de décès, notamment ceux de Joséphine. Trouvés dans le grenier de la maison familiale, par dizaine elle les conservait et les utilisait comme papier
à dessin. C’est ainsi que j’ai retrouvé, par exemple, le faire-part de décès de l’une de ses petites voisines, morte à trois ans, recouvert de visages de femme dessinés au crayon. Je ne sais
presque rien d’elle, si ce n’est qu’elle vivait à Saint-Maure et qu’elle est décédée au milieu du XXe siècle. C’est ainsi que de manière ironique j’ai parodié son propre faire-part de décès,
accompagné d’une notice de pliage, le spectateur (destinataire) peut transformer la lettre en cocotte.
L’idée de la diffusion de l’œuvre d’art apparaît au XXe siècle avec les Futuristes. Intéressés par la rapidité de la transmission de l’information ils investissent les champs de la carte postale
et de l’affiche (Depero), du télégramme (Vostell) et du téléphone (Maciunas). Puis ils sont suivis par On Kawara (cartes postales) et Yves Klein (Journal d’un jour, œuvre publiée dans un journal
et donc à la portée de chacun). En 2007, Kelley Walker, en collaboration avec le journal Métro, présente à la Biennale de Lyon une accumulation d’affiches que le spectateur est libre d’emporté.
Son but était, à l’origine, le même que celui de Klein : publier son œuvre dans un journal.
Cet hommage à Joséphine soulève aussi une deuxième question, celle de la sculpture commémorative. Le faire-part une fois plié se présente comme une petite stèle funéraire ou encore un petit
monument commémoratif, éventuellement portatif, érigé à un mort. Constitué d’un matériau précaire comme le Monument à Deleuze de Thomas Hirschhorn, lui-même réalisé à partir de carton, plastique,
bois et ruban adhésif. Ou encore l’œuvre de Félix Gonzales-Torres, 90 kg de bonbons, présenté sous des formes diverses parmi lesquelles un tas de bonbon bleu disposés au coin d’une pièce. Le
spectateur est invité à prendre un bonbon, en hommage au compagnon disparu de l’artiste.
Ces formes d’art où le spectateur est invité à emporter un "morceau" de l’œuvre pose un problème important au sein de l’art contemporain. La question de la diffusion et du partage de l’art avec
le spectateur est pourtant crucial dans l’art contemporain (mail art, œuvre numérique …), mais sa dispersion libre et gratuite rompt totalement avec l’idée de collection. Les musées et les
galeries, pourtant utiles à la promotion d’un artiste, ne sont par conséquent pas des lieux investis par ces formes d’art, ce qui rend cet art si mal connu. Le développement de cet art au XXIe
siècle est en lien évident avec l’explosion de l’Internet.